Ce géocaching élitiste et nanophile

Les amateurs passionnés par le géocaching se comptent par milliers et leurs rangs ne cessent de croître à chaque saison. Le géocaching n’est qu’un prétexte pour partir à la découverte d’un trésor, il alimente le goût de l’aventure. Qu’importe le nombre d’heures perdues pour chercher une boîte, qu’importe le but, c’est le voyage qui compte. N’est-ce pas? Ah non, pour certains c’est une question de vie ou de mort.

Cette chasse aux trésors transforme notre belle planète en un grand plateau de jeu. Néanmoins cette dernière définition contient deux notions importantes : la chasse aux trésors et le plateau. Ces deux Yang sont accompagnés de leurs faces obscures : la course aux statistiques et la conquête du territoire. Les Maîtres Yin luttent donc contre les débutants pour imposer leur vision du jeu. L’un d’eux s’est dressé contre ma vile spontanéité, mais revenons sur l’origine de ce comportement absurde.

La conquête du territoire par les anciens du géocaching

Toutes les villes ne souffrent pas de cette conquête, mais certaines terres sont plus attrayantes que d’autres et la lutte y est rude. Une poignée de géocacheurs souhaite une expansion rapide et vulgaire de leur territoire. Quoi de plus facile que de mettre en place une série de nano-caches posées dans des endroits similaires (derrière-une-gouttière-à-un-mètre-de-hauteur) ?

L’appropriation du territoire, cette ancestrale lutte ! Malheureusement aujourd’hui il est assez difficile pour l’Humain d’uriner partout pour délimiter sa zone. Aussi, cet étrange mammifère, n’est plus apte à reconnaître l’odeur si naturelle de son voisin. Il faut donc trouver de nouvelles solutions pour l’Homme 3.4.

L’une d’elles : le blaze graffé sur un mur abandonné, ou en dessous de ta fenêtre, c’est selon. Cela étant, je préfère sa déclinaison plus artistique : le street art. A titre d’exemple, l’artiste Fred Le Chevalier s’est approprié un grand nombre de murs du XXème arrondissement de Paris pour notre plus grand plaisir. Néanmoins, aussi beaux soient ces œuvres, ils laissent peu de places aux autres (ben oui on est pas seul).

Dans tous les cas il s’agit bien d’une guerre froide ayant pour enjeu le territoire de la reconnaissance. Vous voyez où je veux en venir ?

Je veux parler de cet inodore, discret et envahissant pipi de cache. A Paris notamment la densité de caches au km² est impressionnante. Peut-on en être fier ? Parmi elles, des centaines de caches XS qui sont simplement posées derrière une gouttière, appartenant souvent au même owner. Il m’arrive d’abréger des sessions géocaching sur Paris à cause de l’ennui provoqué par trop de nanos. Je vous épargnerai aussi ma pensée sur les nombreuses nanos abandonnées oubliées par leurs propriétaires et leurs logbooks remplis et humides.

Alors pourquoi ? Pourquoi continuer de placer des nanos magnétiques en série sur les gouttières de Paris, les croisillons de Levallois ou les bancs de Bordeaux ? Le territoire sature (d’ennui) et les nouveaux géocacheurs – certes peut-être inexpérimentés et maladroits – n’ont plus de place pour exprimer un peu de leur créativité. Dommage.

Quand ce vieux Maître Yin t’impose la médiocrité

Un beau jour je tombe amoureuse du Barbès Palace et décide de le mettre à l’honneur pour ma première cache, non sans difficulté. Les nombreux moldus présents en journée m’ont encouragée à venir à 6h du matin un dimanche-dans-le-froid-et-sous-la-pluie pour poser le porte-cache camo dans la rue. Malgré cet effort, je n’étais pas seule: un dealer venait de « prendre son service » et observait de loin. Une intuition: ma cache sera éphémère.

Après 5 found it et deux points favoris qui m’encouragent, un maître Yin m’informe que le porte cache a disparu. Avec tristesse je l’archive. Mes déplacements actuels m’empêcheront de revenir au milieu de la nuit à Barbès pour la reposer, je préfère libérer l’espace pour un autre poseur.

Le Maître Yin me réclame alors un Found itt puisqu’il a trouvé la solution de l’énigme et qu’il m’a envoyé une photo du spot final sans le porte-cache. Étrange demande de la part d’un géocacheur ayant déjà 7778 caches trouvées mais j’étais prête à le lui accorder. Ce point semble si important pour lui… Malheureusement je n’ai pas répondu assez rapidement à son mail. Moins de 24 heures après, il peint la page de ma cache de son courroux.

Colère. Grande Colère.

Et quelques conseils « experts » du Maître dont un magnifique «  Il aurait fallu se contenter d’une boîte magnétique derrière un panneau ». Sérieusement? Après 7778 caches, il veut encore de la nano?

Je ne parle pas des autres conseils pour tout simplifier. Où est le challenge intellectuel ? La réflexion ? Mieux vaut résoudre mille énigmes simples pour se croire brillant, qu’échouer sur une compliquée ?

Dans tous les cas, il est Alain Delon le Maître et définit lui même son parcours  comme « géocachesque » donc quelque soit mon point de vue, j’ai tort.

Pourtant je ne souhaite pas apprendre à bien poser des nanos comme ce Maître le fait si bien sur sa série dans les Yvelines (dont certaines caches souffrent d’un manque de maintenance). J’aime juste les caches créatives, rares et fun pour moi et les autres. Point.

L’élite propre du géocaching

Malheureusement il y a plus grave.

Ma cache avait été posée à Barbès, zone vide de cache, fait exceptionnel à Paris. Pourquoi ? Barbès, cette fausse « No Go Zone », effraie et défraie les chroniques de Fox News. Je n’osais pas le croire pourtant les remarques du Maître Yin semble confirmer une certaine animosité: « Là, on va fouiller tout ce qui est possible : le spot fouillé est sale, ce n’est vraiment pas agréable. Pendant ce temps-là, une enceinte au loin sature un rap français bien dégueulasse – les oreilles saignent. »

C’est beau. 10 minutes d’une vie gâchée par du Rap à Barbès. Le géocaching doit rester une activité propre du dimanche. Qu’on se le dise !

Bref, à tous les débutants, vous n’avez pas tout vu et heureusement ! Vous pouvez imaginer au lieu de recopier. Vous pouvez apporter un peu de fraîcheur à cette routine. Alors Go, préférons la qualité à la quantité !